Nietzsche et les facultés / Nietzsche on the Faculties; 12.03.2027 UC Louvain Saint-Louis–Brussels (Centre Prospéro)

Date limite/Deadline: 15.12.2026

APPEL À COMMUNICATIONS

7e Journée d’études du Cercle d’Études Nietzschéennes

Portée par l’UCLouvain Saint-Louis – Bruxelles (Centre Prospéro)
Bd du Jardin Botanique 43, 1000 Bruxelles

L’événement s’adresse prioritairement aux doctorant.e.s et chercheur.euses en début de carrière
« Ce fut la lune de miel de la philosophie allemande ; tous les jeunes théologiens du séminaire de Tübingen se mirent à battre les buissons, tous partirent en quête de “facultés” » Par-delà bien et mal, § 11

Appel à communications (français)

Call for papers (english)

On connaît cette image ironique des philosophes du Stift qui, après Kant, inventèrent arbitrairement des facultés censées répondre aux questions les plus énigmatiques. Semblables à la virtus dormitiva de l’opium qui, chez Molière, masque un raisonnement circulaire sous un jargon érudit, les facultés n’expliquent rien mais ne font que répéter la question. C’est à ce titre qu’elles trouvent leur juste place parmi ces « préjugés des philosophes » dont traite la première section de Par-delà bien et mal. Plus largement, le corpus nietzschéen tout entier est riche de réflexions et d’analyses critiques de la raison, des sens, des sentiments, de la perception, de la mémoire, de la volonté, de l’imagination, de l’entendement, de la représentation, du jugement, etc… La citation en exergue indique assez que la liste n’est pas exhaustive. La métaphysique des facultés, c’est-à-dire la réification des principales fonctions de l’esprit (et du corps) humain(s), rejoint en ce sens la très longue liste des erreurs philosophiques, aux côtés de l’atomisme matérialiste, du sujet capable d’introspection et doté de libre arbitre, du cogito cartésien, ou encore des grandes erreurs d’ordre causal (Crépuscule des idoles, « Les quatre grandes erreurs »). À bien y regarder, la plupart de ces erreurs philosophiques ont d’ailleurs partie liée avec les facultés.

Ainsi, cette conception facultaire n’est pas étrangère au schéma de l’inversion causale, la faculté n’étant autre chose que le nom donné rétrospectivement à un ensemble de processus d’abord observés, dont elle devient censément le principe : on se remémore parce qu’on dispose d’une mémoire, on imagine parce que l’on a une capacité d’imagination, on conçoit et juge grâce à notre puissance d’entendement. S’ensuit en outre une compartimentation de l’esprit en facultés innombrables, dont les
relations mutuelles et les liens avec le corps sont trop souvent occultés. Ces représentations de l’être humain conduisent à d’autres erreurs qui touchent cette fois à la subjectivité elle-même : les facultés présupposant une identité substantifiée et cette dernière supportant logiquement les facultés. La mise en tension des facultés rend ainsi possible chez Nietzsche une critique de la subjectivité telle que conçue, et donc vécue, dans la tradition philosophique. Est-ce à dire pour autant que Nietzsche renonce à parler des facultés, voire à en penser la nature, le fonctionnement ou l’origine ? Loin s’en faut, et c’est là le paradoxe central qui justifie de s’intéresser à la place des facultés dans la philosophie de Nietzsche.

Force est de constater tout d’abord que les différentes facultés sont très largement présentes sous sa plume, que ce soit sous la forme de critiques générales comme dans ce paragraphe de Par-delà bien et mal, sous la forme de critiques spécifiques comme dans « La “raison” dans la philosophie » (Crépuscule des idoles), ou au contraire par le biais d’analyses poussées et nuancées qui aboutissent souvent à des redéfinitions et à des conceptions inédites, dont la volonté de puissance n’est que l’exemple le plus connu. Comment, dès lors, rendre compte de l’usage abondant d’un vocabulaire dont Nietzsche hérite et auquel il ne peut pas ne pas recourir, fût-ce pour le subvertir ? Plus encore, comment rendre raison de réflexions qui, par-delà le mot, témoignent d’un réel effort pour se confronter à la chose ? Autrement dit, et compte tenu de l’écart possible entre le langage et les conceptions philosophiques dont il est porteur, quelle est réellement la dette de Nietzsche à l’égard des philosophies facultaires dont il entend se démarquer ? À quels auteurs s’attaque-t-il et desquels est-il redevable ?

Les propositions de contributions pourront porter aussi bien sur les facultés en général, et sur certains des aspects problématiques évoqués ci-après de façon non exhaustive, que sur une faculté en particulier. Pour technique qu’elle est, la thématique se veut assez ouverte et des propositions portant, par exemple, sur l’imagination en lien avec la pratique artistique, ou sur la raison en lien avec la décadence (ainsi à travers le socratisme et l’alexandrinisme) sont également bienvenues. Le traitement devra toutefois accorder une véritable place à une réflexion sur les facultés et les enjeux afférents, appliquée à la faculté en question.

1° Perspectives critiques

• De quelles fautes logiques, présupposés et dénominations impropres les philosophes se sont-ils rendus coupables dans leurs analyses des facultés ?
• À quels enjeux, besoins et problèmes répondent les facultés dans la philosophie et chez ceux qui en ont traité ?
• Pourquoi la philosophie allemande est-elle particulièrement ciblée dans le paragraphe 11 de Par-delà bien et mal, alors que la critique de Nietzsche va bien au-delà de la tradition philosophique allemande ?

2° Enjeux problématiques

• Si la métaphysique des facultés, hypostasiées et substantialisées, doit être surmontée, d’autres approches (descriptives, fonctionnalistes) sont-elles susceptibles de convenir à la démarche nietzschéenne ?
• Quels rapports les redéfinitions des facultés chez Nietzsche entretiennent-elles avec sa conception originale des relations entre l’esprit et le corps, de la nature humaine, de la subjectivité, ou encore de la connaissance de soi ?

3° Études de cas

• Des contributions spécifiquement consacrées à une (ou plusieurs) faculté(s) seront bienvenues, pourvu qu’elles nourrissent une réelle réflexion à l’endroit de leur dimension proprement facultaire : raison, entendement, volonté, représentation, sensation, sentiment, mémoire (et oubli), imagination…
• Des croisements et des confrontations entre deux ou plusieurs facultés seraient également opportuns : dans quelle mesure la compartimentation de l’esprit en différentes facultés dispense-t-elle d’une approche holistique conduisant à penser leurs relations ? Comment s’articulent, par exemple, la raison et les sens dans le traitement nietzschéen du débat entre empirisme et rationalisme ? Quelle est la place de la mémoire dans une raison dont
Nietzsche indique qu’elle fonctionne « à retardement » (Aurore, § 1), anticipant les travaux actuels sur la rationalisation a posteriori et le raisonnement de justification ? Quel est le rôle de l’imagination dans une mémoire si souvent faillible, lacunaire et reconstructrice ?

4° Traditions et réceptions

• Quelles conceptions philosophiques se tiennent derrière des mots éculés et réducteurs ? Ainsi, par-delà la proximité souvent trop rapidement relevée entre le vouloir-vivre schopenhauerien et la volonté de puissance nietzschéenne, quels sont les apports d’Aristote, de Spinoza (et de celui par qui Nietzsche en prit connaissance : Kuno Fischer), ou encore d’Alexandre Herzen et de Johann Julius Baumann dans la conception nietzschéenne de la volonté ? Comment se positionne-t-il au sein de la vaste tradition de la « philosophie de la volonté » ?
• Dans quelle mesure les sciences de son temps (ainsi la psychologie expérimentale ou la physiologie des sens) ont-elles nourri les réflexions de Nietzsche sur les facultés ?

• Quels sont enfin les legs de la réflexion nietzschéenne sur les facultés ? Outre l’héritage malheureux de la très célèbre « volonté de puissance », quel impact la théorie nietzschéenne des affects et des sentiments a-t-elle exercé sur la psychologie et la psychanalyse, de Théodule Ribot à Freud en passant par Alfred Adler ? Quel fut le rôle des réflexions de Nietzsche sur la représentation et l’imagination dans la pensée de Jules de Gaultier, grand passeur de la pensée de Nietzsche en France et qui sous-titra son Bovarysme : essai sur le pouvoir d’imaginer ? Et dans la pensée de Hans Vaihinger ? Si ce dernier puise, tout comme Nietzsche, dans la réélaboration du kantisme par Friedrich Albert Lange pour élaborer sa Philosophie du comme si, il conviendrait toutefois d’évaluer l’apport spécifique de Nietzsche dans la genèse du fictionnalisme de Vaihinger. Ce dernier, en effet, se sentit encouragé à publier son grand oeuvre par le succès de Nietzsche, auquel il consacra un ouvrage dès 1902, et encore une partie de l’annexe à la Philosophie des „als ob“.

Pour soumettre une proposition, merci de remplir en ligne avant le 15 novembre 2026 le formulaire de candidature disponible sur le site du CEN : https://www.cen-info.com/ Comité d’organisation de l’UCLouvain Saint-Louis Bruxelles – Centre Prospéro Nicolas Quérini, David Simonin, Susanna Zellini et Nathan Pinier Golfier (Université Toulouse-Jean-Jaurès, laboratoire Erraphis)
Contact et renseignements : etudesnietzscheennes@gmail.com

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